Analyse de texte: Ballade de Bon Conseil

François Villon

 

Hommes faillis, bertaudés de raison,
Dénaturés et hors de connoissance,
Démis du sens, comblés de déraison,
Fous abusés, pleins de déconnoissance,
Qui procurez contre votre naissance,
Vous soumettant à détestable mort
Par lâcheté, las ! que ne vous remord
L'horribleté qui à honte vous mène ?
Voyez comment maint jeunes homs est mort
Par offenser et prendre autrui demaine.

Chacun en soi voie sa méprison,
Ne nous vengeons, prenons en patience ;
Nous connoissons que ce monde est prison
Aux vertueux franchis d'impatience ;
Battre, rouiller pour ce n'est pas science,
Tollir, ravir, piller, meurtrir à tort.
De Dieu ne chaut, trop de verté se tort
Qui en tels faits sa jeunesse démène,
Dont à la fin ses poings doloreux tord
Par offenser et prendre autrui demaine.

Que vaut piper, flatter, rire en traison,
Quêter, mentir, affirmer sans fiance,
Farcer, tromper, artifier poison,
Vivre en péché, dormir en défiance
De son prouchain sans avoir confiance ?
Pour ce conclus : de bien faisons effort,
Reprenons coeur, ayons en Dieu confort,
Nous n'avons jour certain en la semaine ;
De nos maux ont nos parents le ressort
Par offenser et prendre autrui demaine.

Vivons en paix, exterminons discord ;
Ieunes et vieux, soyons tous d'un accord :
La loi le veut, l'apôtre le ramène
Licitement en l'épître romaine ;
Ordre nous faut, état ou aucun port.
Notons ces points ; ne laissons le vrai port
Par offenser et prendre autrui demaine.

 

 

 

Ballade de Bon Conseil est un poème écrit par François Villon lorsqu’il revient à Paris après avoir été exilé pendant une dizaine d’années. Il parle d’un sujet inquiétant au Moyen-âge qui est la nature propre de l’homme voué à la mort. Les conditions de vie sont terribles au 15ème siècle. On se trouve dans une situation politique  confuse car la France est séparée en 3 régions : « la France anglaise » (Normandie, la Guyenne, et la Loire), le royaume de Bourges (la moitié méridionale du pays) et   « l’Etat Bourguignon » (l’Artois, la Flandre le Brabant, et les Pays-Bas). Dans la « Ballade de bon conseil », Villon décrit les actes et les atrocités perpétrés des hommes en soulignant qu’il faut qu’ils s’unissent pour ne plus vivre dans le chaos. Il va s’adresser au peuple opprimé qui subit des conditions de vie très difficiles. Dans ce commentaire, nous verrons pourquoi les hommes vivent dans le chaos au Moyen-âge, puis dans un second temps nous étudierons l’importance de la religion à cette époque.

 

I Les hommes au Moyen-âge

 

Pendant son exil, François Villon apprend plus  de la vie et reconnait les limites de celle-ci. En effet, l’injustice est présente au Moyen-âge ; il existe deux catégories sociales majeures : les seigneurs et les paysans. Les seigneurs ont une qualité de vie bien meilleure que celle des paysans qu’ils méprisent : ils chassent, piétinent et détruisent les récoltes de ces derniers : « Tollir, ravir, piller, meurtrir à tort ». Cette énumération explique la haine des paysans à l’égard des seigneurs.  Ici, Villon s’adresse aux paysans: ils travaillent pour la plupart sur les terres d’un seigneur, par obligation, mais vivent une vie de contraintes et sont souvent malheureux. Ces paysans sont des hommes libres, mais les conditions de vie sont souvent si atroces que la mort leur parait être la meilleure solution. François Villon dénonce la mort comme un acte de lâcheté, tout en comprenant les raisons qui peuvent y mener : « Qui procurez contre votre naissance l’horribleté qui à honte vous mène ? ». Il dénonce aussi le comportement barbare des hommes.  En effet, il compare la vie au Moyen Age à une prison : « Nous connoissons que ce monde est prison » Cependant, il appelle à la sagesse : « Ne nous vengeons, prenons patience ». Il admet qu’il vit à une époque dure dans laquelle on doit faire des sacrifices plutôt que se laisser aller à la violence.

 

Au Moyen-âge,  les paysans doivent aussi payer la protection du seigneur par des corvées qui sont remplacés par des impôts lorsque l’agent circule mieux.  Les serfs (liés par contrat avec un seigneur) doivent eux payer la mainmorte lors d’un héritage et le formariage pour se marier à l’extérieur de la seigneurie.  Le poids de ces impôts fait aussi partie du malheur des hommes au Moyen-âge. Malgré cela, François Villon critique la violence au Moyen-âge, il pense que c’est le premier défaut du caractère humain et que les hommes doivent s’entraider au lieu de se faire du mal. Ce champ lexical de la violence physique est très présent dans les 4 strophes : « vengeons, prison, battre, rouiller, tollir, ravir, piller ». A cela il faut ajouter un champ lexical des défauts, d’ordre moral : « piper, flatter, rire en traison ».   Il utilise aussi la répétition du mot « mort » qui démontre l’insécurité à cette époque, dans laquelle la mort quotidienne, obsède les hommes. Aussi, le suicide à la fin du Moyen-âge se répand  à causes des conditions de vie extrêmement pénibles mais on l’explique par  une perturbation générale de l’ordre de la nature.  Aussi, le maitre mot  du suicide médiéval c’est le désespoir. Cependant le suicide n’est pas une solution car il est interdit par Dieu.

 

II La Religion au Moyen- Age

 

Le catholicisme et la foi sont primordiaux chez François Villon. Il fait référence plusieurs fois à Dieu ce qui souligne l’usage de l’impératif «  Reprenons cœur, ayons en Dieu confort ». On peut imaginer que ce discours, Villon l’a tenu lorsqu’il a séjourné en prison. La foi le fait tenir : «  la loi le veut ».  Il veut partager le bien que lui a fait le catholicisme avec ceux qui sont dans le besoin et qui désespèrent. Il énonce le malheur des hommes par le biais de la ponctuation qui crée un rythme vif en ce début de poème.  « Homme faillis, bertaudés de raison Dénaturés et hors de connoissance, ».  Il s’adresse aux  hommes qui ont des problèmes mentaux « bertaudés de raison », « hors de conoissance », « démis du sens », « fous abusés ».  François Villon agit comme un héros de Dieu. En effet, la confession était le seul moyen utilisé pour le traitement des troubles psychiques puisque c’est le moment où les hommes mettaient à nu leur cœur. Villon a la même vision que tout homme croyant car lui aussi pense que le monde sensible est une illusion. En effet, il fait allusion aux péchés des hommes qui les éloignent du bien : « Que vaut piper, flatter rire en traison (…) De son prouchain sans avoir confiance ?» Il pose une question rhétorique  aux hommes pour qu’ils se rendent compte de leurs actes et du monde hypocrite dans lequel ils vivent pour qu’ils opèrent la conversion nécessaire : « Reprenons cœur, ayons en Dieu confort ».

 

Au Moyen-âge, l’église est très puissante et hiérarchisée, la vie des hommes est organisée par l’église.  L’église aide à cultiver, enseigner et soigner. En effet, elle construit les premières écoles et hôpitaux. Elle joue donc un rôle social, politique et économique. Dans ce poème, Villon tente de calmer les hommes pour qu’ils aillent au paradis après leur mort et non pas en enfer en commettant toutes sortes de crimes.  Aussi, Villon critique dans ce poème l’ignorance des hommes, en effet il utilise la répétition du mot « conoissance » qui signifie la connaissance : « hors de connoissance », « pleins de déconnoissance ». La connaissance, Villon l’a acquise grâce aux expériences qu’il a vécues, il a gagné de la sagesse et le partage avec ceux qui en ont besoin. Pour finir, François Villon répète à chaque fin de strophe la phrase « Par offenser et prendre autrui demaine » qui signifie : En offensant et en prenant le bien d’autrui. Cette répétition marque les péchés des hommes et montre les conséquences lorsqu’on offense et qu’on prend le bien d’une personne. Le bien peut  représenter un bien matériel mais aussi prendre le bien peut signifier prendre la vie.

 

 

Ballade de bon conseil est, comme l’indique le titre, un poème dans lequel Villon s’adresse aux hommes en essayant de les rassembler. Il décrit les défauts des hommes pour qu’ils en prennent conscience et changent de vie. François Villon dénonce aussi la violence comme la première cause du malheur et la religion comme le premier des remèdes. Ce qui touche dans ce poème c’est la liberté de ton qu’utilise Villon pour s’exprimer et sa franchise. François Villon tente donc par tous les moyens d’interpeller le peuple à garder espoir en s’unissant pour affronter les difficultés de l’époque. 

 

Jeremy Albet

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